Ne vous trompez pas, nous ne sommes pas une de ces troupes que vous pouvez voir tout l’été en France dans les nombreuses fêtes médiévales organisées un peu partout. Il est vrai que certaines de ces associations disent pratiquer la même activité que nous (la reconstitution médiévale) pourtant leurs activités sont très éloignées des nôtres. Nous vous présentons ici notre démarche afin que vous puissiez vous faire une idée un peu plus précise de qui nous sommes et de ce nous faisons.

Qu’est-ce que la reconstitution historique ?

Pour nous la reconstitution historique est une démarche, pas une finalité, nous mettons en oeuvre cette démarche de la façon suivante :

  1. Tout d’abord nous décidons de ce que nous voulons reconstituer ;
  2. Ensuite nous collectons un corpus de sources sur le sujet, nous privilégions toujours les sources primaires qu’elles soient archéologiques (objets provenant de fouilles), iconographiques (enluminures, statues, …), ou textuelles (livres de comptes, chroniques, fabliaux, etc.). Nous collectons aussi des sources secondaires (interprétations d’érudits du XIXe par exemple) afin de pouvoir avoir d’autres interprétations ;
  3. Nous analysons alors ces sources afin d’émettre des hypothèses de reconstitution ;
  4. Enfin nous réalisons ce que nous pensons une reconstitution du sujet choisi au premier point ;
  5. Pour terminer nous essayons d’utiliser l’objet (ou la technique) de la même façon qu’elle aurait pu être utilisée à l’époque afin de valider nos hypothèses. Bien souvent nous constatons que ce n’est pas parfait, par exemple d’un point de vue fonctionnel, nous retournons donc au 2ème point pour retrouver d’autres sources, ou au 3ème afin de réviser nos hypothèses en fonction de ce que nous avons appris.

Bien sûr nos reconstitutions ne sont pas identiques aux originaux que nous essayons de reconstituer, et ce, pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord ce que nous reconstituons est le fruit de nos analyses et de nos hypothèses, le tout basé sur des sources bien souvent parcellaires ou présentées dans un contexte particulier ;
  • Les matériaux et techniques utilisés ne sont pas forcément les mêmes qu’à l’époque, même si nous les privilégions dans la mesure du possible.

Comme on peut le voir cela n’a rien à voir avec le fait de se déguiser en chevalier et de se battre avec une « épée » devant du public…

La mise en situation

Bien sûr nous nous faisons plaisir en utilisant ce que nous réalisons, nous faisons donc des rencontres où nous évoquons des scènes de la vie quotidienne. Par exemple la préparation d’un repas avec des recettes médiévales (ou au moins d’inspiration), puis ce repas avec les convives habillés comme à l’époque, le tout dans de la vaisselle reconstituée. Ces rencontres sont le moment d’échanger sur ce que nous faisons individuellement et de confronter nos réalisations. Il est toujours intéressant de voir comment, en partant des mêmes sources, on peut arriver à des choses différentes.

Nous en profitons aussi pour réaliser des photos que vous trouverez dans la galerie photo sur ce site.

Nous ne sommes pas des nostalgiques essayant de revivre dans un passé que nous fantasmerions, et à ce titre nous ne prétendons pas être capable de vivre comme à l’époque, nous sommes juste des passionnés qui essayons d’un peu mieux comprendre ce que pouvait être la vie à l’époque, loin de tous les clichés habtiuels !

Nos règles d’or

Les règles d’or que nous nous astreignons à suivre sont les suivantes :

  • Toute réalisation doit être sourcée : c’est à dire qu’il faut pouvoir justifier d’un objet ou d’une technique pour pouvoir l’utiliser, l’approximation ou la déduction selon le « bon sens » ne constituent pas des sources fiables.
  • Dans la mesure du possible il est bon de croiser les sources pour éviter d’ériger en règle l’anecdotique.
  • Dans la mesure du possible il faut toujours privilégier les sources primaires (iconographie, mobilier archéologique) et secondaires (publications scientifiques, rapports de fouilles, etc.). Les réalisations d’une autre troupe de reconstitution, quelle que soit la qualité de ses réalisations, ne sont pas des sources primaires, pas plus que les films et téléfilms.
  • Lors de la réalisation d’objets il faut privilégier les matériaux et techniques avérées pour l’époque.

Le partage

Nous sommes régulièrement contactés par des personnes nous demandant si l’on peut leur fournir nos patrons de costumes, les plans de nos réalisations et ce genre de choses.
Nous préférons en général répondre par la négative en conseillant à ces personnes de prendre le problème à la base et de commencer par rechercher des sources.
Pour cette raison nous sommes souvent vus comme des personnes refusant de partager le fruit de notre travail de reconstitution. Il n’est est rien, nous allons d’ailleurs mettre sur le site des articles illustrant la démarche de reconstitution d’objets ou de techniques, cependant vous ne trouverez pas de choses toutes faites à appliquer, tout ce que nous partageons ce sont les sources (qui sont à tout le monde) et notre méthodologie pour arriver à l’objet final, pour le reste c’est à vous de faire le travail d’analyse, d’émettre vos hypothèses et de faire (ou faire faire) votre reconstitution !

En guise d’illustration voici quelques exemples de ce qui est cohérent avec notre démarche et de ce qui ne l’est pas :

Cohérent avec notre démarche:

  • Utilisation de tissus naturels tels que lin, laine, chanvre ; nous savons qu’il est très difficile de trouver de tels tissus tissés à la main aussi un tissage mécanique est accepté.
  • La couture à la main est privilégiée par rapport à la couture à la machine, cependant certains compromis sont acceptables tels que la couture à la machine de coutures totalement invisibles une fois le vêtement terminé.
  • Les glaçures sur les poteries d’époque contiennent du plomb, qui est toxique, sur une réalisation actuelle on privilégiera la sécurité en utilisant des techniques plus récentes mais avec un rendu similaire plutôt que de prendre le risque d’attraper le saturnisme.
  • En règle générale et plus particulièrement en présence de public on privilégiera toujours la sécurité à l’historicité, tout en étant capable d’expliquer ce qui est différent, en quoi c’est différent et le pourquoi du choix. Nous savons cependant qu’en présence de public très peu demanderont c’est pourquoi nous privilégions toujours l’aspect visuel le plus juste possible.
  • Toujours dans un souci de sécurité et même si l’on dipose de preuves archéologiques sur l’existence de « lunettes » dès la fin du XIIIème siècle, celles-ci restent très rares à l’époque, plutôt que de généraliser un objet qui reste anecdotique nous préférons que les membres du collectif qui ne peuvent s’en passer portent des lunettes modernes.

Sujet à controverse :

  • La présence d’un objet au Vème siècle et au XVème siècle ne permet pas de justifier de son existence pendant la période qui nous intéresse tant qu’aucune preuve de son existence sur cette période n’est pas avérée.
  • Les déductions du type : ils n’étaient pas si bêtes et donc auraient pu le faire ne mènent en général à rien, avec ce genre de raisonnement on pourrait facilement en déduire qu’au XVème siècle le moteur à explosion et l’électricité existait.
  • Lors de l’étude d’une enluminure il est important d’étudier le contexte dans lequel elle a été réalisée, la plupart faisant référence à des textes religieux il se peut que ce qui est représenté ne l’ait été que pour correspondre au texte.

Ce ne sont bien évidemment que quelques exemples ayant pour but de donner une idée de notre démarche.

6 commentaires

  1. Cassandre de follepensee

    Bravo !!!
    J’adhère a 100 % a votre groupe !
    Au plaisir de partager avec vous et de vous rencontrer :-)))

    Bien a vous.

    Élise.

  2. Bonjour,

    Je viens de découvrir votre site, et je le trouve très intéressant, très bonne démarche, j’adore.

  3. Bonjour,

    Bravo pour votre démarche que je trouve très pertinente. Au plaisir de vous rencontrer.
    Ophélie

  4. Bonjour,

    J’aime bien votre démarche et l’idée du manifeste. En revanche, je ne saisis pas vraiment la différence entre histoire expérimentale et archéologie expérimentale.
    Il serait peut-être intéressant également de détailler votre process, de présenter des travaux précis liés à votre démarche et le cas échéant en apporter la validité scientifique.

    Bien cordialement.

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