Préambule

Vous trouverez ci dessous mon Manifeste pour l’Histoire Expérimentale, ce manifeste décrit ce qui, à mon sens, est de l’Histoire Expérimentale et ce qui ne l’est pas.

Ce texte est la première version et sera appelé à évoluer, n’hésitez pas à me contacter si un point ne vous semble pas clair ou si vous pensez que des modifications pourraient y être apportées.

La version de référence la plus à jour se trouve sur le site In Hortum Meum (http://in-hortum-meum.fr/manifeste-pour-la-pratique-de-lhistoire-experimentale/), ce texte est sous licence Creative Commons BY ND (http://creativecommons.org/licenses/by-nd/3.0/fr/) , ce qui signifie que vous pouvez librement le reprendre et le diffuser tel quel, y compris à des fins commerciales, mais sans jamais y apporter la moindre modification et toujours en citant les auteurs (Bruno Galice et Olivier Morel) et en faisant un lien vers cette page.

1 – Le contexte

Il existe quelques activités intimement liées à l’histoire, qui, si l’on regarde rapidement, ont des bases communes mais des objectifs différents. Parmi celles ci on peut citer l’Archéologie Expérimentale et la Reconstitution Historique.

Ces activités sont pratiquées soit par des professionnels, c’est le cas de l’Archéologie Expérimentale par exemple, soit par des amateurs, éclairés ou non comme c’est le cas pour la reconstitution.
Ces activités se basent toutes sur l’idée de recréer la façon de vivre ou certains éléments de la façon de vivre à une époque différente. Toutes partent des sources historiques qu’elles soient iconographiques, écrites ou archéologiques pour essayer d’appréhender, avec toutes les précautions et réserves que l’on peut être amené à prendre, quelque chose qui n’existe plus aujourd’hui…

Je parle d’activités mais il s’agit avant tout de démarches, plus ou moins scientifiques, permettant à partir d’une analyse fine et objective d’un corpus de sources d’émettre des hypothèses, puis de les mettre en oeuvre pour valider ou non leur cohérence.

En nous basant sur les définitions de Wikipedia et en supposant qu’elles sont globalement acceptées par les pratiquants nous avons :

  • L’archéologie expérimentale est une discipline au sein de l’archéologie qui vise à reconstituer l’usage et le mode de fabrication des vestiges archéologiques à travers l’expérimentation. Les archéologues expérimentateurs reconstituent des objets techniques et les comparent avec les objets originaux. Cette approche actualiste permet d’étudier les méthodes de fabrication (taille du silex, creusement de pirogues, etc.) et les fonctions des objets (tracéologie).
  • La reconstitution historique est une méthode qui consiste à recréer certains aspects d’un évènement passé, d’une période historique ou d’un mode de vie précis, en s’appuyant sur des éléments matériels reproduisant celui de la période concernée (vêtement, mobilier, armement, etc.). Cette activité peut ressembler, par exemple, à la reconstitution d’une célèbre bataille, ou bien de la vie quotidienne d’une époque passée.

On voit tout de suite la différence entre une démarche scientifique cherchant à étudier des méthodes de fabrication et une démarche consistant à essayer de recréer un événement ou la façon de vivre à une autre époque.

2 – L’Histoire expérimentale

L’Histoire Expérimentale se veut être un 3ème courant, minoritaire à ce jour, qui se situe entre ces 2 formes de pratiques :

Il s’agit d’expérimenter pour retrouver les méthodes utilisées à l’époque concernée afin de pouvoir les mettre en pratique pour reproduire les objets de l’époque afin de mieux appréhender la vie à cette époque.

Cette expérimentation se veut purement matérielle, dans le sens où elle ne reproduit que ce qui est tangible, elle se pratique souvent en comité restreint (même si le nombre d’acteurs est un facteur négligeable par rapport aux aspects rigoureux de la démarche), concerne un cadre précis délimité à minima par une période et un lieu géographique. Les aspects immatériels (langage, culture, interactions sociales) liés à ce cadre sont volontairement laissés de côté

Cette expérimentation doit produire un retour d’expérience sous une forme ou une autre afin de faire profiter aux autres personnes intéressées des résultats obtenus lors de ces expérimentations. Le but étant de montrer le cheminement de la recherche et non pas un résultat clé en main. Les formes de ces restitutions peuvent être diverses :

  • article
  • présentation/démonstration publique
  • confrontation avec d’autres résultats obtenus par d’autres groupes
  • reportage photo
  • etc.
Il est à noter que si dans la majorité des cas l’Histoire expérimentale se pratique sans public ou alors un public lui même réellement intéressé par les résultats car pratiquant l’activité, la restitution peut et devrait être publique !

3 – La méthodologie

La méthodologie utilisée en histoire expérimentale est la suivante :

  1. définition du périmètre d’expérimentation et des objectifs recherchés
  2. collecte des sources
  3. analyse fine et objective des sources
  4. émission d’hypothèses
  5. réalisation de l’expérimentation
  6. validation/invalidation des hypothèses
  7. restitutions

La validation (f) est la synthèse du protocole expérimental, à cette étape on s’assure que le résultat obtenu est conforme ou non à l’objectif visé, c’est à dire : fidèle aux sources, viable, etc.

Il est à noter que les étapes d à f peuvent être réalisées en boucle, c’est à dire que tant que le résultat obtenu n’est pas valide on retourne à l’étape d pour émettre d’autres hypothèses, de la même façon un résultat valide ne doit jamais permettre d’exclure d’autres méthodes qui pourraient aboutir au même résultat !

Cette méthodologie est la seule garante de la validité des résultats obtenus, on part toujours des sources pour arriver à un résultat que l’on considère comme valable, tout raccourci dans la méthodologie ne fait qu’invalider le résultat.

Bien sûr, dans la mise en pratique on sait qu’il est impossible (ou très difficile) de faire certaines choses comme à l’époque visée, on essaiera cependant toujours de se rapprocher le plus possible de ce qui est attesté en acceptant quelques dérives.

Par exemple, le métal obtenu lors d’une extraction en bas fourneau n’est pas le même que celui sortant d’une aciérie du XXIe siècle, cependant, on acceptera l’utilisation d’un métal moderne le plus proche possible pour réaliser un objet de métal. Il en va de même pour la laine des moutons, les légumes, etc. et plus généralement toute matière première nécessaire à l’expérimentation.

4 – Ce qui n’est pas de l’Histoire expérimentale

La finalité de l’Histoire Expérimentale est de se rapprocher le plus possible, de façon méthodique, de ce que l’on cherche à comprendre.

Une fois le résultat recherché obtenu libre à chacun d’en faire ce qu’il veut.

Par exemple :

  • Faire du « camping médiéval » comme on le voit lors de rassemblements publics ou privés n’est pas de l’Histoire Expérimentale, c’est juste du « camping médiéval », quelque chose de fantasmé n’ayant jamais existé…
  • Evoquer, reconstituer ou commémorer en costume un événement passé n’est pas de l’Histoire Expérimentale, c’est du spectacle.
  • Jouer un rôle (que ce soit un personnage fictif ou non, que ce soit la mise en place d’une chaine hiérarchique, etc.) n’est pas de l’Histoire Expérimentale, c’est soit du jeu de rôle soit du spectacle.
  • Animer un site ou une fête, illustrer un cours dans une école, etc. n’est pas de l’Histoire Expérimentale, c’est soit du spectacle, soit de l’éducation populaire, soit…
  • etc.

5 – Les règles absolues de l’Histoire Expérimentale

Pour résumer on peut dire que :

  • Tout doit toujours partir des sources
  • L’objectivité et la rigueur sont les clés de voûte de la méthodologie
  • L’Histoire Expérimentale est une démarche, sa finalité est uniquement une meilleure compréhension d’une époque disparue

6 – Les relations avec les activités proches

Partant du principe que chacun est différent, a sa propre sensibilité, son propre niveau de compréhension et aspire à des choses différentes, les pratiquants de l’Histoire Expérimentale sont amenés à côtoyer, voire à pratiquer eux-mêmes, d’autres activités liées. En règle générale il est conseillé d’entretenir des relations cordiales avec ces pratiquants, ce qu’ils font est juste autre chose qui n’a pas à être critiqué ; que ce soit le jeu de rôle grandeur nature, la reconstitution historique, l’évocation historique, ou tout autre forme d’activité proche chacun est libre de pratiquer les loisirs qu’il veut de la façon dont il veut.

Tout ce que nous demandons est un peu d’honnêteté intellectuelle et que le terme Histoire Expérimentale soit réservé à une démarche sérieuse fidèle aux idées exposées dans ce document.

 
 
Bruno Galice & Olivier Morel – 22 Aout 2013

3 commentaires

  1. Avant tout je tiens à saluer le travail et la réflexion menée par Bruno et Olivier et d’avoir su la mettre en forme pour la rendre compréhensible par tous. Ces réflexions ont commencé à voir le jour sur le site mediaephile animé par Eodhel et ont fait l’objet de débats courtois et stimulants.
    Cependant ce texte n’est pas exempt de défaut. Tout d’abord, pour le reprendre dans l’ordre où les choses viennent, la définition de la reconstitution historique. Elle avait été approchée sur mediaephile par plusieurs personnes et trois moutures au moins ont été proposées:

    =>Une première définition proposée par Eodhel:
    « D’où l’intérêt de préciser les choses, encore et encore, quitte à défriser ceux qui savent déjà de quoi on parle (ou croient le savoir, et pensent le faire…)
    La « reconstitution médiévale documentée » se démarque de ces kermesses estivales, pas tant sur le côté loisir (car nous aussi sommes là pour nous amuser, nous détendre et nous faire plaisir), mais sur le côté sérieux des recherches en amont aboutissant à ces reconstitutions de vêtements (j’ai fini par bannir le mot « costume » qui renvoie soit à de l’habillement moderne guindé, soit à du théâtre, or nous faisons tout sauf jouer un rôle), d’accessoires et parfois, de façons de faire (techniques de couture, de cuisine…) en nous passant de plein de choses non plausibles : pas de cracheurs de feu, de jongleurs de bollas, pas d’elfes, pas de ninja, pas de « coureur du vent » sur échasses, pas de frites, pas de pizza, pas de coca… snif…). […] Il faut oeuvrer en amont pour proposer un rendu final.
    C’est à dire qu’en fait, ce qui est présenté/matérialisé est le résultat d’un raisonnement issu d’une synthèse de recherches menées le plus sérieusement possible (sans pour autant atteindre – quoi que – la rigueur de travaux scientifiques) afin d’arriver à un ensemble (au moins visuel) qui soit plausible en considérant une période et une région données.
    Et le raisonnement (avec son corpus de « sources ») représente souvent plus de 50% de l’énergie et du temps nécessaires à l’obtention d’un résultat/hypothèse.
    Présenté ainsi, cela peut sembler chronophage et rébarbatif.
    Ca l’est Cheesy : c’est sans conteste chronophage.
    Mais l’aspect rébarbatif cède rapidement le pas : on se prend vite au jeu de la recherche du chainon qui nous manque, on en vient vite à jouer les Hercule Poirot, les Sherlock Holmes, les Kay Scarpetta, les Booth & Brennan à la recherche de l’indice perdu.
    Et alors, quel pied lorsque l’on met enfin le nez dessus !
    Et puis comme les recherches sont en constante évolutions, on découvre régulièrement (pas souvent, mais régulièrement) de nouveaux sites archéo, et il ne faut pas perdre de vue qu’en RMD rien n’est figé, que ça évolue sans cesse, que nos hypothèses de restitution sont parfois mises à mal par les tests « in situ » (ou « in vivo » comme vous voulez )
    Et pour finir, on n’oublie pas que la Reconstitution Médiévale Documentée est un loisir  »

    =>Une autre par Olivier du Berry:
    « …la reconstitution (gardons ce terme pour l’instant) peut être scindée en deux axes, mais qui sont indissociables et intimement liés.
    Savoir faire – Culture matérielle
    La Reconstitution est une démarche qui consiste en la reproduction d’objets (vêtements, armes, accessoires…) en utilisant les matériaux et les techniques de fabrication de la période reconstituée en s’appuyant sur des sources primaires (matérielles, iconographiques, statuaires, textuelles…) et secondaires (travaux d’historiens, d’archéologues, de sociologues…).
    Leur réalisation doit s’approcher au plus prés de ce que pouvaient être les pièces d’époques, en s’astreignant à un minimum de compromis, eu égard notamment à la disponibilité des sources et des matières.
    Savoir être – Culture immatérielle
    La Reconstitution, dans le cadre de cette démarche, doit être en mesure de reproduire les mentalités, la culture, les us et coutumes, les structures sociales, l’imaginaire des femmes et des hommes de la période reconstituée. »

    => Et une que j’avais proposé:
    « La Reconstitution Historique est une démarche qui consiste à fac-similer un objet historique (culturel, sociétal, matériel) sur la base d’un panel de sources (iconographiques, archéologiques, textuelles) et de l’avancée de la recherche universitaire (publications et archéologie expérimentale). Cette fac-similation passe par l’utilisation de méthodes attestées et de matériaux cohérents avec les sources. En outre, sa mise en pratique doit se faire dans un comportement en adéquation avec l’objet. »

    Le premier soucis était donc, pour bien définir ce qui se veut une nouvelle activité, d’avoir auparavant bien définit deux des activités qui sont utilisées comme point de comparaison. Si pour l’archéo-exp, la définition est correcte, on ne peut se satisfaire de cette définition de la RH lapidaire ; car on ne peut comparer quelque chose avec un référent aux contours extrêmement flous (ce n’est pas pour rien qu’il y a au moins trois définitions différentes de RH). De plus il existe un débat sur certains points tout à fait importants de la RH mais ce n’est pas le sujet ici.

    Deuxième point, le plus important à mon avis, concerne la définition même de l’histoire-exp, point qui est la continuité logique du premier problème rencontré: dans sa définition, l’histoire-exp ne se différencie quasiment pas de l’archéo-exp. Il ne s’agit que de reproduire du matériel pour comprendre.
    Qui plus est, l’idée de vouloir « valider » ou « invalider » est à mon sens une vue de l’esprit. Certes, ce hobby a pour base la mise en place d’une réflexion et d’une démarche scientifique pour ne pas faire n’importe quoi. C’est inclus dans les définitions de la RH. Cependant, jamais la RH n’a prétendu valider quoique ce soit, laissant cela à l’archéo-exp, faîte par des chercheurs dans un cadre scientifique bien précis et qui n’a rien d’un passe-temps comme pour nous.

    Ainsi, l’histoire-exp ne peut prétendre valider quoique ce soit: Ses acteurs n’ont pas de légitimité scientifique car ils opèrent isolément, en dehors de tout contrôle de la recherche (universitaire notamment). Mais à la rigueur ce n’est pas le plus gênant. Le plus gênant c’est l’idée que ceux-là même qui ferait une expérience, la valide. Ce n’est pas ce qu’on attend d’une « validation » scientifique. Il faut pour cela constituer un jury de spécialistes qui doivent étudier et le processus en amont et le résultat en aval. Or rien de tel n’est prévu. Et quand bien même il y aurait une légitimité scientifique et un jury reconnu pour « valider » scientifiquement ne serait-on pas en réalité face à une archéo-exp qui ne veut pas dire son nom? Cette idée est confirmée par la mise en avant d’une méthodologie: celle-ci ne dénoterait pas dans un travail d’archéo-exp.

    Troisième point, la méthode et l’histoire: Paul Veyne, historien reconnu, dans son ouvrage de référence d’historiographie, Comment on écrit l’histoire, 1971, insiste bien sur un point: il n’y a pas de méthode en histoire. Et c’est bien là le soucis de cette dénomination que d’imposer une méthode là où, même en histoire, il n’y en a pas. En effet, chaque cas, chaque questionnement et chaque personne à son propre raisonnement, son propre cheminement intellectuel, sa propre réflexion qui fait qu’on ne peut parler d’une méthode en histoire. Ceux qui ont voulu trouver une méthode en histoire, l’école dite Méthodique (Seignoboss et Langlois), dite aussi positiviste, a largement été supplantée au milieu du XXe siècle par les Annales. Ainsi, j’espère que vous comprenez que la dénomination « histoire-exp » et l’idée d’y associé une méthode est gênant. Cela prouve que le mot histoire n’est pas adapté et si on cherche à le remplacer, archéologie serait, in fine, le plus idoine. On en revient à mon deuxième point.

    Quatrième point, le jugement porté sur les autres activités proches et qui sont résumées par « spectacle » ou « jeu de rôle ». La définition d’Eodhel tombe donc à point nommé: « c’est un loisir ». Pour qu’il y ait spectacle, il faut qu’il y ait spectateurs: hors dans la pratique des offs en RH il n’y en a pas. Pour qu’il y ait jeu de rôle, il faut un maître du jeu, un scénario, des règles etc, or en off, s’il y a un contexte, il n’y a d’autre règles que celles d’un comportement compatible avec le contexte. Quant à la présence de maître du jeu, il n’y en a pas non plus, il peut y avoir des arbitres, ce qui est là encore différent.

    Enfin, cinquième et dernier point, l’idée qu’on ne peut critiquer les activités proches: je dirais que c’est là une idée saugrenue que de ne pas critiquer de manière constructive ce que l’on trouve critiquable. C’est d’ailleurs ce qui fait que je critique ce manifeste que j’aurais plutôt intitulé essais.

    En conclusion, cette réflexion est stimulante, mais j’espère avoir démontré que dans l’état actuel des choses, c’est une pratique difficilement distinguable de l’archéo-expérimentale à ce détail près que tout ce qui fait l’intérêt (une recherche encadrée et un jury de spécialistes) de l’archéo-exp n’y est pas. La « validation » mise en avant n’a qu’une valeur limitée et à aucun moment l’idée de « loisir » n’est explicité, ce qui renforce ce sentiment de flou et de décalage.

    • Vincent Merci pour ce commentaire très riche auquel je vais essayer de répondre point par point ci dessous.

      Tout d’abord concernant les définitions de la Reconstitution Historique que tu cites, ce ne sont malheureusement pas celles communément admises, ce sont celles que nous avons essayé de définir par nous mêmes lors des débats qui sont à l’origine de ce texte, j’ai volontairement repris celle de Wikipedia car c’est celle qui me semble acceptée par le plus grand nombre que ce soit dans le milieu du hobby en question aussi bien qu’à l’extérieur de ce hobby. Je te renvoie d’ailleurs à un post dans ce sens d’Oriabel sur le forum des GMA ( http://www.guerriersma.com/forum/viewtopic.php?f=41&t=11358&start=108 ). Ne reconnaissant pas ma pratique dans cette définition pourtant acceptée du plus grand nombre j’ai essayé de la définir autrement, et au final me suis rendu compte que je ne faisais sans doute pas la même chose que les gens pratiquant cette activité. C’est une discussion sur le sujet avec Pierre-Alexandre Chaize qui m’a donné l’idée de nommer cela « Histoire Expérimentale » et d’essayer de définir ma pratique. Le texte ci dessus est le fruit de ces réflexions et de nombreux échanges sur le sujet (en privé, sur mediaephile, sur le forum des GMA, etc.).
      Plutôt que d’essayer de rentrer dans un moule dans lequel je n’entrais pas et essayer d’expliquer aux autres que oui je pratiquais une activité qui portait le même nom mais qui était différente j’ai préféré en créer un nouveau, en l’appelant différemment et en le définissant !
      Comme je le dis en préambule de cet texte il s’agit purement de la définition de ma pratique, j’ai choisi de la rendre publique pour permettre à ceux qui s’y retrouveraient de pouvoir eux aussi s’y référer et utiliser un vocabulaire commun. Si d’autres ont une autre forme de pratique je les incite à suivre une démarche similaire : la définir et lui donner un nom, c’est de cette façon, je pense, que nous saurons tous de quoi nous parlons et éviterons, je l’espère, les incompréhensions sur ce sujet.

      Concernant la proximité de cette activité avec l’archéologie expérimentale, je pense qu’elle est naturelle, tout comme elle est proche de la reconstitution historique (telle que définie sur Wikipedia). J’espère d’ailleurs qu’à terme naîtront de plus en plus de collaborations entre Archéologues, Reconstituteurs et nous. Aujourd’hui, de façon globale (il existe des exceptions, qui ne sont, aujourd’hui, que ça : des exceptions), les archéologues ont tendance à prendre les reconstituteurs pour des rigolos et les reconstituteurs ont tendance à prendre les archéologues pour des personnes imbues refusant de partager avec elles. La voie que je propose me semble permettre d’ouvrir sereinement une voie entre ces deux activités en démontrant aux archéologues qu’il existe des passionnés ayant une démarche sérieuse et en montrant aux reconstituteurs qu’il est possible de travailler avec les archéologues plutôt que de les dénigrer.
      Quant au terme validation il nécessite probablement plus d’explications (je le note pour la V2) mais il est uniquement question de valider les hypothèses mises en oeuvre, par exemple le fait qu’un vêtement qui semble conforme aux sources iconographiques ne permette pas de marcher permet à priori d’invalider les hypothèses retenues, une marmite en terre qui s’effriterait à la première cuisson d’aliments montrerait probablement une erreur d’interprétation ou de réalisation. Il ne s’agit pas de prétendre valider « l’histoire » ce qui est, je te l’accorde, impossible mais plutôt les aspects fonctionnels d’un objet, la viabilité d’une technique, etc. A notre échelle, je ne pense pas qu’un jury soit indispensable, mais par contre l’idée de la restitution auprès d’autres pratiquants est justement là pour permettre de confronter une réalisation à d’autres personnes pouvant avoir émis d’autres hypothèses !

      Sur la méthodologie, tu noteras que j’ai choisi le terme méthodologie plus que méthode volontairement, cette méthodologie n’est là que pour définir un cycle, pour donner un cadre, elle est suffisamment large pour permettre à chacun d’utiliser les méthodes qu’il veut lors de sa mise en oeuvre ! Lorsque je parle de méthodes il s’agit uniquement de celles utilisées lors des protocoles expérimentaux, j’aurais pu il est vrai utiliser le terme techniques mais nulle part je ne dis quelle méthode utiliser pour étudier et comprendre une source, nulle part je ne parle de l’importance de l’historiographie dans l’étude d’une source écrite ou iconographique, nulle part je n’explique comment on date un objet dans une couche stratigraphique, etc.
      Enfin je choisi le terme histoire expérimentale et non pas archéologie car ce qui m’intéresse n’est pas juste un objet mais un ensemble global qui est la vie (matérielle) globale à une époque donnée et pas simplement le rôle d’un objet ou sa façon de le recréer. Vouloir à tout prix qualifier l’Histoire Expérimentale d’Archéologie expérimentale reviendrait aussi à y ajouter les AMHE qui ont une méthodologie très proche de celle que je propose !

      Je ne reviendrai pas sur les aspects jeux de rôle ou spectacle, là aussi il faudrait se pencher sur les définitions de façon plus précise, sache juste qu’il existe des jeux de rôles sans maître de jeu…

      Pour le 5eme et dernier point, le fait de critiquer, je veux juste dire qu’il ne m’appartient pas de critiquer le choix d’un loisir, après, si je pratique ce même loisir et/ou que j’ai les éléments pour contribuer à son évolution je ne me l’interdis pas. L’idée sous-jacente est vraiment de dire que si quelqu’un veut juste se déguiser en chevalier pour taper sur ses copains avec une barre à mine et bien ce n’est pas mon problème, c’est son loisir et il peut le choisir librement ! De même si quelqu’un veut faire du spectacle historique je ne vois pas ce qui me permet de critiquer ce choix ! Maintenant s’il dit que ce qu’il fait est historique et qu’il ne peut pas le prouver oui là je peux critiquer, mais uniquement un résultat pas un choix d’activité !

      En conclusion, oui je pense que certains éléments ont besoin d’être explicités, ce sera fait dans une version mise à jour 😉

  2. @Vincent,
    je ne pense pas que tu seras surpris si je te dis que tu ne m’as rien démontré du tout ? :)

    Comme dit sur FB, l’intitulé exact de l’activité importe peu.
    Il fallait tout d’abord deux choses :
    – un intitulé neuf et donc vierge d’exemples calamiteux et d’associations d’idées (= tout le passif de la reconstitution médiévale, imputable aux associations de pseudo intermittents du spectacle)
    – une définition claire du périmètre d’activité

    Ces deux points sont couverts, et c’est là le plus important.
    Peu importe que cela cadre avec de l’existant, que cela colle à de l’existant, que cela rappelle quelque chose qui existe déjà.
    Ce qui compte c’est que la définition donnée permette de s’identifier ou non à l’activité.
    L’activité en elle-même n’est ni inventée, ni révolutionnaire ; elle était même connue et pratiquée. Seulement là, elle est cernée. Il n’y a plus de flou (ou pas autant).

    Ensuite, dans la mesure où cette activité n’a pas du tout pour objectif de diffuser des conclusions, ni de publier quoi que ce soit (elle n’en a pas l’objectif, mais elle ne s’interdit pas pour autant de le faire), et n’a pas non plus prétention de faire avancer quoi que ce soit d’autre que le pratiquant lui-même, le terme de « validation » qui te défrise tant n’a de valeur qu’interne. 😉
    Et je dirais même plus : interne, localement et seulement en rapport avec une hypothèse précise et personnelle associée à un corpus précis. Alors, oui, certes, « valider » fait peut-être un peu trop scientifique, mais n’empêche que mettre une hypothèse théorique à l’épreuve de l’usage concret, ça débouche quand même sur une forme de validation (ou pas!). L’important ici étant de bien comprendre que « si l’usage concret de l’hypothèse théorique » se révèle malcommode, alors on reprend à l’étape « hypothèse » et on recommence jusqu’à trouver une application satisfaisante. La validation/satisfaction peut autant être évaluée par l’utilisateur (exemple : une tasse en céramique, avec une hypothèse d’anse à tel ou tel hauteur) que par des témoins (exemple : une tunique et sa coupe, son rendu en mouvement, sa déco vue de loin, etc..). encore une fois, l’important est de souligner que cette activité implique constant renouvellement (ou presque) et des remise en question régulières des objets produits ou choisis.

    Sinon, je ne comprends pas ton « quatrième point ».

    Et concernant ton cinquième point, se différencier, se désolidariser d’autres activités, c’est le seul moyen pour supprimer toute comparaison. C’est aussi le seul moyen pour éviter que des fâcheux s’assimilent d’autorité à ce que nous faisons, sans notre consentement, et décrédibilisent notre activité. Puisqu’il n’y aura pas de comparaison possible et qu’ils ne pourront pas nous nuire ni décrédibiliser notre activité, autant, en retour les laisser faire ce qui les amuse et les _ignorer_. Aller s’occuper de ce qu’ils font est une vraie perte de temps. Il faut juste se tenir au courant pour s’assurer qu’ils ne nous nuisent pas.

    Valà, valà :)

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